Dirigeants
Comment parler de votre souffrance, si vous dirigez une entreprise ? Difficile... Vu que tout semble indiquer qu'elle n'existe pas !
Elle n'existe pas dans notre imaginaire collectif. Pour l'homme de la rue, vous êtes un décideur tout-puissant et invulnérable.
Elle n'a jamais existé dans les rapports de force sociaux. Aux yeux du syndicaliste, vous représentez le capital indifférent à la souffrance des salariés.
Elle n'existe toujours pas dans la littérature scientifique (si ce n'est dans quelques rares articles récents). La majorité des sociologues des organisations et des psychologues du travail étudient l'impact de votre gestion sans interroger les limites de votre autonomie.
À ce triple déni s'ajoute souvent le vôtre, qui se comprend aisément. Comment pourriez-vous motiver vos équipes si vous n'affichiez pas un optimisme contagieux ? Que deviendrait la confiance de vos partenaires financiers, si vous ne faisiez pas preuve d'une audace lucide ?
Urgence
C'est quand il est impossible de parler d'une souffrance qu'il est parfois urgent de le faire. Car leur résistance exceptionnelle au stress, qui force l'admiration de leur entourage, est aussi le talon d'Achille des chefs d'entreprise.
Faculté d'analyse, endurance et autonomie sont les trois ressources qui leur permettent de faire face aux défis. Mais elles ne sont pas infinies. Trop sollicitées, elles finissent par s'épuiser mutuellement. Elles cessent de répondre aux sollicitations extérieures et cherchent à combler leurs déficits respectifs. Se développement alors incertitude intellectuelle, épuisement physique et isolement social.
Approche
Un constat et un choix précèdent tout changement. C'est le deuxième terme qui pose problème, car si le coût du surmenage peut être reconnu, on estime en général qu'il est normal que le dirigeant le supporte. Paradoxalement, on attend de vous des décisions de gestion saines qui auront un impact sur la vie d'une foule de personnes... Mais quand il s'agit de votre santé personnelle et de votre vie privée, tout se passe comme si elles ne vous appartenaient pas. Examiner ce contrat tacite mène à la découverte d'un deuxième paradoxe. En réalité, ce contrat n'existe pas. C'est un fantasme qu'il faut néanmoins renégocier. Car les maladies, divorces, états anxieux et dépressifs ou abus de substances, qu'il exige trop souvent en contrepartie de la réussite... sont douloureusement réels.


