La souffrance patronale ne doit plus être un tabou

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Auteur

Sandrine Chauvin

Site

www.capital.fr

Date

2 mars 2010

La souffrance au travail des salariés est une réalité que plus personne n’ignore. En revanche, celle des chefs d’entreprise est souvent passée sous silence.

Au grand dam d’Olivier Torrès, expert de la gestion des PME, qui en a fait son cheval de bataille. Alors que le gouvernement planche sur son projet d’entreprise individuelle à responsabilité limitée (EIRL), cet enseignant-chercheur à l’université de Montpellier et à l’EM Lyon vient de créer l’Observatoire de la santé des patrons de PME.

Capital.fr : Pourquoi la souffrance patronale est-elle tabou, selon vous ?

Olivier Torrès : Le mot "souffrance" ne s’accorde pas avec celui de patron. Pour la plupart des chercheurs, la souffrance au travail résulte d’un état de domination. Comme beaucoup de chefs d’entreprise dominent, ils ne peuvent pas souffrir. Le patronat est aussi bercé par l’idéologie du "leadership" véhiculée dans toutes les écoles de commerce. Le leader n’a pas le droit de se plaindre. Résultat : beaucoup de chefs d’entreprise souffrent en silence. Les licenciements, par exemple, sont un vrai traumatisme pour un patron de PME, qui doit se séparer d’un salarié qu’il a embauché, qu’il a côtoyé tous les jours pendant des années. Rien à voir avec le dirigeant d'une grande entreprise qui n’entretient pas de relations de proximité avec celui ou celle qu’il peut licencier sans état d’âme.

Capital.fr : A quoi va servir l’Observatoire de la santé des patrons de PME que vous avez créé en janvier ?

Olivier Torrès : Au total, la France compte 2.4 millions de PME, qui représentent à elles seules 70% des emplois et plus de 60% du PIB. Et pourtant, elles souffrent d’un manque de notoriété. D'ailleurs, il n’existe quasiment aucune statistique. C’est pourquoi j’ai créé l’observatoire. Avec quatre enseignants-chercheurs et trois doctorants, nous travaillons notamment sur le « burn-out entrepreneurial » ou l’impact des problèmes de trésorerie sur la santé des dirigeants. J’espère ainsi publier le premier registre épidémiologique sur la santé des patrons de PME d’ici la fin de l’année.

Capital.fr : Pensez-vous que le nouveau statut d’EIRL peut contribuer à réduire le stress patronal ?

Olivier Torrès : La perte de son patrimoine personnel en cas de faillite est l’une des principales causes de suicide des chefs d’entreprise. Avec l'EIRL, les 1.5 millions d’entrepreneurs en nom propre pourront déclarer au registre du commerce les biens qu'ils souhaitent affecter à leur patrimoine professionnel et protéger ainsi leurs biens personnels. C’est donc une avancée salutaire. Dans les faits, je crains que les banques continuent à demander une caution personnelle.

Le patronat est [...] bercé par l’idéologie du "leadership" véhiculée dans toutes les écoles de commerce. Le leader n’a pas le droit de se plaindre.

Les licenciements, par exemple, sont un vrai traumatisme pour un patron de PME...

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